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La Révolution à Marseille

Paul Gaffarel
Editions Gaussen - 2018
Quand le prof d’Histoire nous apprenait que le club des Jacobins se situait rue Thubaneau, mes camarades lycéens pouffaient de rire. Il ne nous disait pas que le duc d’Orléans avait été interné au fort de Notre-Dame de la Garde ou que la guillotine fonctionnait sur la Plaine Saint-Michel. Ce sont des détails que l’on trouve dans l’ouvrage passionnant de P. Gaffarel, présenté et annoté par Georges Reynaud, avec une préface érudite de l’éditeur marseillais. Notre ville a joué un rôle important dans la Révolution : au début, les patriotes entreprennent de démolir les forts où ils voient des équivalents locaux de la Bastille ; Mirabeau apparait comme un sauveur ; le maire Mourraille correspond amicalement avec Pétion, son homologue parisien ; Marseille arme un bataillon de 500 volontaires qui, après avoir marché pendant 28 jours en chantant ce qui deviendra notre hymne national, participeront activement le 10-Août à la prise des Tuileries (P. Gaffarel précise que ces patriotes n’appartenaient pas, comme l’ont prétendu les pamphlétaires royalistes, à la pègre cosmopolite du Vieux-Port). La fièvre s’empare de la cité : la foule se livre à des lynchages comme celui du curé de Saint-Ferréol, Mathieu Olive, âgé de 85 ans. Marseille girondine affronte les troupes de la Convention à Avignon où commence la carrière de l’artilleur Bonaparte. Les représentants en mission Fréron, puis Maignet, personnage ambigu de Jacobin impitoyable, mais sincère et désintéressé, font régner la terreur. Notre ville a connu alors les restrictions, le marché noir, la délation, les perquisitions, l’occupation militaire…(Mes lecteurs les plus âgés savent de quoi il s’agit). Dans leur frénésie répressive, les vainqueurs vont jusqu’à la débaptiser : Marseille devient Sans-Nom !
Les rumeurs les plus absurdes circulent : on prête à Fréron le projet de combler les Vieux-Port ! Dans le cadre de la déchristianisation, les églises de Saint-Cannat et Saint-Barnabé deviennent, comme Notre-Dame de Paris, des temples de la Raison. La statue d’argent de Notre-Dame de la Garde, patronne des pêcheurs, est fondue. G. Reynaud a fait un travail remarquable sur les victimes de la répression qui n’étaient pas seulement des aristocrates arrogants, comme on pourrait croire, mais des hommes et des femmes de milieu modeste qui ont payé parfois très cher des propos inconsidérés. J’ai relevé des curiosités : des Marseillais déclenchent un sinistre en jouent aux boules avec… des boulets de canon ! Et d’autres boulomanes sont poursuivis pour avoir joué avec… des têtes de mort empruntées au cimetière Saint-Charles !

Il faut féliciter M. Gaussen pour cette édition d’un texte qui enchantera nos compatriotes férus d’Histoire."

Jean Louis Vissière (lecteur Librairie Saint Paul)