
Tout commence par un choc : la montée fulgurante de l’extrême-droite, les discours de rejet, l’impression d’un pays qui se ferme. Puis un film, L’histoire de Souleymane, qui agit comme une déflagration. Jeanne Burgart Goutal, philosophe, pousse alors la porte de Ramina, une association d’aide aux jeunes migrants. Permanences de rue, maraudes, repas, démarches administratives, hospitalisations, hébergements d’urgence : elle découvre un univers parallèle, invisible aux passants, où chaque geste compte et où l’humanité se joue dans le concret le plus trivial. Au fil des rencontres, un lien singulier se tisse avec Ishmail, 17 ans, qu’elle finit par héberger. Leur relation, faite d’affection, de malentendus, de différences culturelles, devient le fil narratif du livre. À travers cette expérience, Jeanne interroge ce que signifie accueillir, transmettre, prendre soin – et ce que cela révèle de nos héritages intimes et collectifs. Comment les liens nés de cet accueil peuvent-ils renouveler les modèles familiaux, réinventer la maternité, la paternité, la filiation ? Comment (et pourquoi) une jeune femme blanche de classe moyenne peut-elle s’occuper de jeunes migrants, les « aider » à l’aune de l’histoire coloniale ? Peut-on parler de décolonisation sans prendre à bras le corps la question de l’accueil ? Entre récit incarné et réflexion philosophique, Faire place à l’autre propose une plongée sensible et lucide dans ce que l’hospitalité exige de nous – individuellement et collectivement.