
Charlemagne Hyères reçoit Olivier Rolin pour une rencontre autour de son livre « Les guerres éternelles » (Ed. Gallimard) samedi 19 septembre de 10h30 à 12h sur inscription en librairie ou par téléphone au 04 94 65 27 05.
« Pour donner à ma longue rêverie la forme d’un livre, j’avais besoin de voir. De la terre, des pierres, des arbres, un rivage. J’ai toujours besoin de voir. Je suis allé en Troade à la fin d’un mois de juin, alors que les coquelicots jetaient de grandes flaques rouges au milieu des champs de blé et d’oliviers où jadis s’affrontaient les héros. »
Il y a quelque trente-trois siècles, des guerriers grecs ravagent une cité d’Asie Mineure qu’ils appellent Troïa ou Ilios. Les hommes sont massacrés, les femmes traînées en esclavage. C’était dans la nuit des temps, mais grâce à l’Iliade cela vit toujours dans notre mémoire. C’était, aussi bien, hier, aujourd’hui, demain : la tragédie de la destruction d’une ville n’a cessé d’être réécrite en lettres de feu et de sang, depuis Carthage un siècle et demi avant notre ère jusqu’à Dresde et Hiroshima, Marioupol et Gaza de nos jours.
La guerre de Troie est éternelle, et Troie est la Mère de toutes les villes martyrisées. O. R.d’une nature presque vierge : poissons aux couleurs et dessins extravagants, tortues marines, crustacés chamarrés et biscornus, grands papillons migrateurs, vols stridents de milliers d’oiseaux… profusion inouïe, fantasmagorie de formes baignées dans les « bleuités, délires » qu’évoque le poème le plus connu de Rimbaud.
Intérieur et ironique, moins exaltant, l’autre voyage est presque le contraire du premier : passager insolite à bord d’un bateau dont les marins ont l’âge parfois d’être mes petits-enfants, ce n’est pas seulement vers les îles que je navigue, mais vers l’état fragile et un peu ridicule de vieux. Habitué à mon apparence, je ne me suis pas vu me transformer en cet être de papier mâché en qui les autres identifient immédiatement un semi-vivant. L’océan Indien sera pour moi la mer de la Sénilité…
Parfois cela m’amuse, pas toujours – j’espère en tout cas en faire sourire le lecteur.